De la peur

Il y avait une forêt, par delà ce long chemin sinueux, serpentant sournoisement le long de maisons abandonnées, hôtes silencieuses d'un jardin funèbre, pays des hommes déchus enfouis dans la terre froide. Les arbres gigantesques se dressaient vers le ciel, lançant leurs branches aux longs doigts avides en une quête éternelle, semblaient espérer caresser les astres de leurs écorces sèches et mornes. Les feuilles tombaient continuellement en un tapis doré, lit encombrés de victuailles criant sous les pas de loups affamés. Le chemin continuait parmi ces silhouettes distordues, penchées écoutant, fouinant de leurs yeux aveugles, pourtant affamés et curieux, mais il se faisait timide hésitant, parfois s'effaçait, ne laissant aucun réconfort à quiconque s'y aventurait, il était la lumière rassurante, tremblante entre les mains hésitantes d'hommes transformés soudain en de fragiles enfants, tremblant d'une peur grouillante, s'immisçant en eux et grandissant à l'écoute des hurlements de bêtes affamés, aux iris traqueurs qui arpentaient inlassablement les immenses feuillages. Il était déconseillé depuis la nuit des temps d'entrer dans cette forêt la nuit tombée, quand la lune elle-même, amie infidèle dissimulait sa lueur argentée derrière de lourds nuages sombres, quand les ténèbres envahissant s'écoulaient sur les toits des taudis brûlés, et rampaient, effaçant l'allée rassurante d'une terrible caresse. Ces bois étaient hantés. Légendes et croyances perduraient sur les lèvres tremblantes de villageois effrayés, dans les esprits et les mémoires d'anciennes femmes, qui avertissaient les âmes obstinées, leurs pupilles devenues blanches comme neige, la bouche vibrante, en une litanie protectrice. L'entrée y était d'ailleurs condamnée par une pancarte annonçant la mort, l'irréversible mort des esprits tumultueux désirant - possédés par quelque idées funestes - y pénétrer. Cette route aux sillons macabres symbolisait un voyage éternel dans l'enfer brûlant, la torture, la souffrance éternelle des pêcheurs qui oseraient défier les dieux pour y entrer.
Le village endormi dans le plus sombre des rêves frémissait à l'ombre des arbres. Les visages ridés par la crainte éternelle accueillaient silencieusement les rares passants perdus au gré de leurs folles pensées, puis disparaissaient dans la chaleur des maisons rouillées, roussies par les ans et le sang coulant sur les légendes, monde glaçant prisonnier des feuillages épuisés. Les tristes manants fuyaient alors, maudissant leurs pas d'être arrivés, téméraires, jusqu'à la lisière hantée.

Il y avait un homme, dont la beauté n'avait d'égale que la prétention, non loin de la péninsule aux couleurs de mort. Il approchait, calme comme un fauve prêt à bondir, des maisonnettes grisâtres, glissant au milieu de ces fleurs déchues, un sourire figées aux lèvres. Il traversait la peur sans craindre sa vengeance et inspirait chaque souffle brumeux qui émanait du labyrinthe de branches, les yeux perdus dans les cieux aveugles qui dominait la forêt. Et les hommes sortirent, voutés, cassés, sculptés dans du marbre, chaque parcelle de leur corps souillée par la peur, les pupilles accusatrices. Ils combattaient sans bruit cet impétueux voyageur, qui trompait leur quiétude d'une impertinente présence. Ils détaillaient son visage clair, sa peau douce et jeune, ses longs cheveux bruns, ses iris innocents, son âme pleine d'espoir et d'arrogance avec la froideur d'une épée d'acier, tranchant son corps en lamelle d'or, répandant de la poussière d'étoile dans le c½ur en supplice des piètres compagnons du bois. Ils le repoussaient de toute la force de leurs frayeurs maladives, tentant inlassablement d'ensevelir le garçon d'images terrifiantes, guettant la peur comme le vautour guette sa proie. Mais le jeune homme ne reculait pas, et le combat perdurait dans les limbes argentés de ce champ morne, inquiétant, infini...
Puis lentement, avec mille précautions, les vieillards reculèrent, inclinant lentement la tête vers la lueur d'espoir idiote qui semblait briller au dessus du garçon comme une auréole argentée. Cet homme n'avait pas l'age de savoir, mais il parla, avec la voix d'un enfant naïf et heureux :
- N'ayez nulle crainte, oh tristes hommes, je vais allumer la flamme ardente qui s'éteint sur vos visages, je vais braver la forêt, et vous délivrer de l'infinie terreur !
- Alors le plus humble des villageois, l'homme qui était si agé que sa peau se confondait avec l'écorce répondit de sa voix grave :
- Pars, petit, pendant qu'il est encore temps. Nul ne peux braver les sages arbres nous défiant, cours, fuis, ne te retourne pas, car tu seras soumis à la tentation.
- Je ne fuierais pas, je braverais la peur avec la force de dix hommes, et reviendrai demain matin pour vous apporter la preuve de ma victoire !
- Tu ne sortiras pas vivant de ce labyrinthe rusé, petit, il est tortueux et te joueras mille farces qui t'emprisonneront dans la fatigue, puis te vaincra dans ton doux sommeil, si vivement que ta vie s'éclipsera en un souffle innocent.
- Détrompez-vous, vous ne pouvez m'en empêcher. J'irai ce soir même, et je combattrai ce bois vivant, j'en fais le serment !
L'homme sans âge poussa un soupir douloureux et tourna le dos à l'impertinence de cet enfant, longeant les longues herbes aux couleurs usées, dont la tige dépassait les longs cheveux blancs, crissant comme les dents d'un loup sous les pas lents des hommes déchus.
Le petit homme, lui, ne bougea pas, contemplant d'un air rêveur les arbres aux longs bras onduler vers lui, ruban de fumée noire flottant au gré du vent froid du crépuscule. Le soleil rougeoyant se couchait parmi les feuillages, et les maisons, brunis par le ciel ardent semblait s'agrandir en des ombres gigantesques, rejoignant les cimes des arbres en un pacte silencieux, éternel et sage. Il était seul maintenant, et frissonnait sous les assaut glacials des alizés d'automne. Il se leva, soudainement, et sans un regard marcha vers les portes ouvertes, gardées par deux troncs majestueux, pênetra dans la court du Dieu des ombres et s'y enfonça, ignorant les chuchotements terrifiés qui tentaient sournoisement de l'emmener loin de l'obscurité.
La nuit était maintenant tombée, et le jeune homme avait pour seule lumière la lune, princesse boudeuse de la nuit qui se cachait parmi les nuages sombres, lui jouant des tours effrayants. Le silence avait prit une ampleur magistrale, seulement rompu par le crissement des pieds timides sur les feuilles tombées. L'enfant ne savait par où aller, ses mains hésitantes dessinaient les contours des troncs aux bouches béantes, des branches basses, fragiles et fuyantes, qui crépitait quand, par mégarde, il en brisait une, perpétuant un écho douceureux dans la froide nuit. Il avançait sur des chemins imaginés, s'efforçant d'inventer une boussole d'or, qui l'éclairerait de sa douce et rassurante présence, mais il ne pouvait deviner les divins secrets de ce mystérieux labyrinthe, et sa douce confiance commençait à s'envoler en volutes de fumée.
Et il avançait, dans ce noir, absolu et sournois. Ses pas, de plus en plus hésitants le portait à peine. La terreur, rampant comme un serpent calme et silencieux, s'imiscait en lui. Il tremblait, tant la mort émanait de ce lieu maudit, de ce lieu déchu. Il aurait voulu fuir loin de cette voile noire, loin de ce silence agonisant, hurlant à la face de la lune des louanges tourmentées, loin de cette épouvante muette, loin de tout...
Puis, devant ses yeux brillants, survint une lueur luisante, luciole rassurante et chaleureuse. Elle tournoyait devant ses yeux en boucles d'or fin, laissant de la poussière d'étoile tomber sur les ruines de souvenirs abrités en ces lieux. Elle était une caresse brûlante dans le noir doucereux. Cette étincelle de vie semblait tracer les contours d'un chemin de son sillon étoilé, le guidant dans les ténèbres de cette nuit éternelle, réchauffant son c½ur froid comme le marbre. Il la suivit dans cette bulle où le temps s'égrenait infiniment, entourés de sabliers d'argent.
Puis la douce quiétude s'éparpilla en tourbillons obscurs, des lueurs perlaient, s'agrippant aux branches d'un arbre millénaire l'épiant de ses yeux profonds. Il semblait émaner de son visage vénérable un torrent de lumière douce. Des milliers d'étoiles semblables à celle l'ayant guider s'accrochaient, s'entremêlaient dans les branches, apportant la vie éternelle aux rides sillonnant le bois. Il semblait pleuvoir des perles dorées, poussière de diamants brûlant l'esprit du jeune innocent. Il n'osait s'avancer dans le brouillard brillant, de peur de briser cette infinie beauté, d'irradier au creux de flammes de la vertu dans cette forêt froide et morte. Puis, l'arbre parla, le son de sa voix évoquant des lieux plus vieux que l'aurore :
- Retourne sur ton chemin, mon enfant.
- Je n'ai pas de chemin, je ne sais d'où je viens ni où je vais, mais j'aurai franchi la forêt demain, je l'ai promis ! - Qui êtes-vous ? Êtes-vous un esprit ?
- Je suis le meneur, chargé de guider les âmes en peine jusqu'à l'ultime fin, tu as pénétré dans l'antre du démon, la vie quitte ton corps parmi cette poussière enchanteresse, tu la rejoindras bientôt, mais si tu veux aller en paix, tu dois rebrousser chemin.
- Je resterai en paix, je resterai pur ! Je provoque les esprits animant ces lieux, et les vaincrai !
- Ils sont invincibles, mon garçon, le bois est vivant, c'est un monstre capricieux, qui joue, désabusé, de toutes ces pauvres créatures l'habitant, il les manipule en fait d'immortels pantins, rebrousse chemin mon garçon...
- Je ne le pourrai pas, j'avance au gré de mes pensées, je ne sais pas où aller...
- Suis tes pas, ils te guideront, retourne-toi !
Sa voix disparut dans la brise, murmures virevoltant dans la noirceur des cieux. Le jeune homme, dont le courage feint s'effondrait en une pluie moite et froide, frissonna, les yeux levés vers les trous béants abritant le regard si profond du vieux guide. Toute vie semblait avoir disparu de cette souche ancienne, comme si le vent malicieux avait brusquement pris possession de ses racines fourmillantes, et lui avait prêté la vie un bref instant, dans l'éternelle et si cruelle nuit. Il sentait le froid s'enrouler autour de lui, âme maligne l'encerclant, l'emprisonnant dans ce labyrinthe gigantesque.
Il se retourna lentement, vers les branches pointant l'obscurité de leurs doigts crochus et couru sous les yeux brillant des loups hurlant à la lune, les feuilles dorées aux couleurs tristes de la clarté nocturne hurlaient sous ses pas précipités, attirant les corps lestes des prédateurs affamés, cherchant avec avidité les trop rares victimes s'aventurant sur ces terres maudites. Il courrait, poussé par la folie s'emparant de lui, il courrait en une quête aveugle, le sentier tortueux semblant se mouvoir sous ses pieds tremblant, il courrait sous les rayons argents, dans le silence immortel.
Le meneur l'avait dit, ses pas le guidait. Il arriva bientôt à laurée du bois, le village endormi semblait mort depuis des siècles, et les hautes herbes lui donnait l'impression d'offrir un repaire calme et rassurant. Il s'effondra sur le sol, la tête levée au ciel, un sourire tordu sur ses lèvres ; il riait d'avoir trompé la mort dans cette lueur sinistre, il riait d'avoir défié les légendes suffoqués des vieux hommes, lui avait vaincu, il était invincible !
Mais un désir impérieux, enfouit en son âme douloureuse guida à nouveau son faible esprit. Il se leva doucement, et se dirigea vers le cimetière, qui paraissait briller sous un halos sacré. Les rayons de la lune éclairait les épitaphes, devinant les noms des défunts tandis qu'il s'en approchait. La terreur pris à nouveau possession de son corps, mais elle ne pouvait vaincre la volonté de la forêt enchantée. Le souffle sournois le guidait vers une tombe majestueuse, à la sépulcre d'argent. Il s'agenouilla sur le sol nu, aux sillons glacés et leva respectueusement le visage, jusqu'au nom du défunt, inscrit sur la pierre froide. Ses iris frémirent d'horreur, tandis qu'il laissait échapper un long cris horrifié, ce qu'il vit fut la mort, dans le pâle reflet que lui offrait la nuit, ce qu'il vit, fut son nom inscrit en lettres tranchantes sur l'épitaphe.
La triste pierre offrait un miroir à son épouvante, il voyait son visage s'émacier, perdre vie, brûlant chaque parcelle de son corps, le voutant, le jetant à terre, le torturant avec le calme le plus froid. Il sentait sa jeunesse s'évanouir sous cette nuit damnée, elle semblait s'élever en siphon de fumée noire, fuyant le barrage de ses lèvres d'où des râles étouffés hurlait la souffrance. Il était seul, et la mort se jouait de lui, là où la lune elle-même rit des tours démoniaques de ses servants. Il était seul dans l'ultime seconde de son existence, vie atrophiée en une nuée de maux doucereux. Il était trop tard, le vieil arbre l'avait énoncé ; la forêt prenait son innocente existence; pour nourrir les perfides enfants de la nuit.
La douleur s'évapora en un souffle brisé, le laissant tremblant sur le givre froid, homme faible aux dernières lueurs de sa vie. Puis ses yeux fatigués furent éblouis par une lumière aveuglante, poignardant son âme d'une épée d'or et de diamants. Des doigts qu'il devina infiniment gracieux le soulevèrent telle une plume douce et tendre, et disparurent embaumant l'air d'une caresse. Il ouvrit les paupières et contempla l'ange penchée sur lui.
Sa peaux irradiait comme mille joyaux, devant son visage émerveillé, et ses longs cheveux formaient une cascade d'ébène glissant jusqu'à ses hanches. La déesse avait de grands yeux dorés, emprunt d'une bonté et d'une cruauté qui le terrifiait. Une longue robe pâle tombait sur ses hanches, offrant une clarté irréelle dans le sombre cimetière. Elle sourit, découvrant des dents aiguisés, contrastant avec ses lèvres rouges sang.
- Je suis venue t'emmener au plus profond de la forêt, là où tu resteras pour l'éternité.
- Suis-je en train de rêver ? Dit-il l'homme d'une voix millénaire.
- Je n'oserais l'espérer, hélas...
- Qui êtes-vous ?
- Je suis la mort murmura-t-elle tristement, et sa voix aux bouquets de rose devint mélancolique. Je viens t'emporter là où errent les tristes combattants de la forêt. Un monde sans espoir ni loi, où l'esprit malin te transformera après avoir englouti ton filet de vie.
Le vieux c½ur de l'homme s'accéléra, tandis que le visage magnifique éclatait d'un rire inhumain. Il ne voulait vivre dans l'éternelle damnation, aveugle dans l'obscurité pour toujours, rendu fou par la douleur et la peur.
Il s'enfuit en courant, loin du ricanement du démon, restée immobile face à sa tombe. Il couru dans la gueule du diable, de toutes les forces de ses membres trop usés, il couru jusqu'à en perdre la raison, entouré des arbres malfaisants, il couru et se perdit dans le labyrinthe monstrueux, où les adorateurs de la nuit se repurent de son cadavre sec et souillé par l'âge. Et ses cris retentirent, brisant le silence suffoquant du bois hanté.

On raconte que son âme erre toujours parmi les branches acérés, à la recherche de sa jeunesse volée.
De la peur
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# Posté le dimanche 17 mai 2009 14:30

Modifié le lundi 28 septembre 2009 15:05

De l'amour (non pas Stendhal)

Il y avait, par delà les falaises aux lèvres béantes un petit village, surplombant la mer tourmentée de toute sa hauteur. Les murs blancs étaient éclaboussés de l'amer écume des vagues hurlantes, et les fenêtres d'un bleu sombre semblaient bailler, chantant des complaintes à la pâle lune. Les vieilles berceuses des remous de l'eau folle avait fait de ses habitants des hommes sourds et faibles, dont le sel avait rongé les traits, comme dans une course contre la fureur du temps. C'était un village de pêcheurs, ou chacun semblait contempler l'infini, comme s'ils pouvaient le toucher du bout de leurs doigts usés, le long de la ligne où pendaient les trésors marins. Le vent malicieux offrant une douce valse aux corps blancs.
C'était une belle journée, en ces lieux cachés, et le c½ur de la petite ville semblait boursouflé de joie, Siam, le jeune homme vif, à la cithare si mélodieuse chavirait les âmes des cadavres ébahis. C'était le fils de l'océan, comme les rumeurs époustouflées le murmurait, et il ferait naufrager les c½urs des naïfs errants, arpentant les eaux vengeresses à la recherche d'une immaculée vanité. Siam était né sur les falaises, et sa fougue, son désir, planait comme un aigle, déployant son immensité. Il partirait, fuirait les visages horrifiés sculpté par la mer dans ces rochers, il volerait par delà le monde et trouverait le secret de sa tendre ivresse, l'amour. La volupté de ce mot, chuchoté avec tant de plaisir bravait les tempêtes de remords, le froid glacial de la solitude, lui, si aimé dans ce lieux sordide...
Il parti donc. Les gouttes salées glissant le long de ses joues appartenait à l'eau vive, plus qu'à son regret, et les tendres visages, éblouis par sa joie souriait d'un air perdu, les yeux levés vers le ciel comme s'ils y espéraient un paradis à la langueur douceâtre et chaleureuse
Son esprit plein de désir, où la luxure se disputait l'horizon aux perle de rose, virevoltait par delà l'écume crémeuse de ses folles nuits, où bravant les terreurs des jours passés, il errait de lieux en lieux, brillant de son innocence, de ses enivrantes mélodies qui guettaient l'ombre d'une âme, l'ombre d'un charme. Et de lieux en lieux ses yeux s'éteignaient, avec la tristesse d'un espoir magique, quand ils n'apercevaient que de frêles étreintes, aux passions dérisoires, et déjà trop reconnues.
Il navigua, sur la mer capricieuse, cruelle et joueuse, qu'il chérissait. Il voyageait pour de nouveaux horizons, de nouvelles tempêtes, de nouvelles aubes mêlées à une suave félicité. Il aimait imaginer des nuits doucereuses aux parfums exquis, contre le velouté d'une peau et les délicieux échos d'une voix langoureuse au creux de son oreille.
Ses rêves le perdaient dans d'éternelles contemplations, le regard levés vers la voute étoilée, si mystérieuse se disait-il, comme cette quête insaisissable, filant entre mes doigts telle une étincelle éphémère...
Des côtes, finalement il partit, pour aller trouver la chaleur ardente des sables, son visage toujours éclairé par l'envie, abîmé trop tôt par l'amertume du sel. Il voguait avec ardeur, espérant gagner le désert avant la joueuse nuit aux mille bouquets de roses embaumées d'espoir...
Il mit pied à terre sous les étoiles, s'enfonçant dans le sable, happé par sa course. Il lui semblait entendre une douce musique par delà les dunes sèches et tristes de cette lande torride. Il erra en silence, sillonnant la vaste étendue qui semblait s'amuser de ses chutes ahuries. Puis, comme un fulgurant mirage, la mélopée s'intensifia, et sa bouche desséchée se tordit en un pâle sourire.
Devant lui s'étendait des dizaines de tentes aux parures magnifiques, formant de vifs dégradés, sous la lumière lunaire, on eût dit l'aube qui se dessinait sur ces draps, aux centaine de couleurs lui évoquant les plus infimes plaisirs... Des visages le regardait, riant, claquant leur mains aux rythmes des chants, tandis qu'un feu aux immenses flammes vacillait avec les tams-tams. Les gitans festoyaient, valsaient devant la clarté brûlante. Des femmes dansaient, vêtues de longues robes aux fins tissus brodés de milliers de fils d'or, elles semblaient brillait dans le plus noir de la nuit, saluant le soleil à travers cette chaleur suffocante, leurs chants, semblable aux sirènes, envoutaient les oreilles des hommes... Mais Siam devinait seulement cette extase. Il ne voyait qu'elle, dont les boucles sombres roulaient sur sa taille découverte, elle, dont les grands yeux verts hurlaient la grace et la beauté, elle qui le regardait, dessinant des vagues de ses bras fins, ornés de bijoux dorés. Il ne pouvait voir qu'elle.

Quand la musique se tut, il s'approcha, amoureux de l'amour, sans quitter ses iris flamboyants. Dans un suave silence il l'embrassa. Il s'embrasa, laissant place à la tentation grandissante, et ses mains avides parcoururent son corps, en souillant chaque détour, chaque chemin. Elle le guida dans la pénombre d'une tente, sans cesser de sourire, et joignit ses doigts aux siens. Leurs corps brûlant s'explorèrent dans la chaleur moite du désert, sous la lumière tamisée des lanternes, leurs souffles criaient, leurs chairs dansaient, leurs âmes jouissaient, dans ce désir suintant, envahissant, libéré, hurlant dans l'heure la plus sombre des temps.
Il s'apaisèrent, épuisés, et leurs corps s'affaissèrent tandis que le sommeil les assouvissaient.
Les rêves de Siam furent torturés, guidés par les pêchés, il gémissait, implorant jusqu'au fin fond des son inconscience...
Il s'éveille sous la dur lumière d'un soleil tyran, il était seul dans la plaine millénaire, les gitans semblaient effacés, tout comme le souvenir de cet amour volé. Le jeune homme hurla des jours durant, et rendu fou de douleur, il partit dans la torpeur des sables, et l'ardente chaleur du désert, avec l'espoir insensé de retrouver sa passion disparu...

Les tissus bariolés apparurent à nouveau à la nuit tombée, les danseuses à la peau froide vinrent virevolter sous les sourires désabusés et les flammes du feu éthéré léchèrent le cadavre juteux de la volupté.

# Posté le dimanche 07 juin 2009 15:41

Modifié le samedi 12 septembre 2009 13:35

Nobelium (De la folie des hommes) [sous titre non définitif.]

Nobelium (De la folie des hommes)  [sous titre non définitif.]
Prologue

La nuit éternelle brillait sous les pâles lumières d'astres lointains, et le temps semblait suspendu dans cette triste immensité, aux ombres de morts... Elle s'étirait, paresseuse et tortueuse, fuyant les trop brûlantes planètes aux couleurs vives qui aurait pu l'illuminer de leurs sombres regards, mère protectrice de l'univers, cachant ses vieux enfants sous ses bras jonchés de ruines invisibles, dans l'immense silence, résonnant en hurlements le long de ce vide si attrayant...Les étoiles aux courses vertigineuses volaient le long de ces débris d'inhumanité, ces squelettes de gargantuesques fantômes, voguant telle des épaves le long d'inexistants fonds marins. Des poussières aux reflets d'or et de diamants, à l'éclat brillant d'un soleil agonisant scintillaient, comme des ombres le long des couloirs interminables qu'elles empruntaient, laissant deviner le long des ravins obscurs, l'incandescence d'une énergie vidée, l'âme usé d'un roi déchu dont la haine avait détruit le corps, lave coulante d'abandon en fusion gonflant des bourgeons purulent d'amertume, offrant un paysage de complaintes lancinantes, bercés par des voix écorchées ; et les années passaient...

... Elles filaient, se mouvant jusqu'à devenir d'accablants millénaires. Où le vide absolu semblait trompé par des terres déchirées, arrachées de force à ce cocon rassurant, gisant, çà et là, dans ce froid refuge qu'était l'empire étoilé, ce monstre de tristesse aux allures de paria, comme rejeté dans la bouche béante de la cruauté même, parente de toutes les chimères... Ces piètres pantins inhumains étaient attirés par la chaleur fumante de la vaste bulle d'énergie.
Et, dans une lente danse langoureuse qui trompait la mort elle même, les ilots se changèrent en abîmes figés, dont les gueules affamés tentaient de dévorer cette hardiesse arrogante, cette lave suffocante, brillant comme mille soleils au milieu d'un funeste désert. Les roches arides reprirent vie à la lumière miraculeuse de l'âme en peine, et la vie appela la vie, cependant trahie trop tôt par les ères sournoises...

... La roche devint terre, dont les racines noueuses semblables à d'antiques serpents, déroulaient leurs longues tiges sur les flancs ardents de cette sphère incandescente, dont l'insatiable et orgueilleux appétit quémandait sans cesse de la chair à enflammer. Car pour subsister, cette bête capricieuse torturait l'éphémère existence, jouant avec sa tendre ennemie, la mort, qu'elle aimait d'une aversion infinie... L'île suspendue était plate, protégée d'une brume blanchâtre à la tiédeur enivrante qui devint l'asile menaçant d'une ville fragile d'où coulait par torrents des montagnes d'or et d'argent, dont la pauvreté, soigneusement dissimulée, semblait piégée dans l'antre profonde d'un loup vorace, dans le piège insidieux d'une société aux longs doigts acérés et au c½ur de fer...
Car les riches parjures de cette ville étaient immortels, et leurs traits, ancrés dans le sang, demeuraient vide, à l'image de ce monde, où les années se succédaient, abritant les mêmes hommes aux âmes piétinés par leurs esprits trop ambitieux...




I
Nobelium

Le train à vapeur crachotait le long du chemin serpentant entre de vieux monts s'avachissant à vue d'½il. Le paysage défilait, par delà l'esprit usé d'un vieil écrivain, dépassant les maisons de la haute bourgeoisie, aux sphères étincelantes, et aux baies en forme de bulle, brillant sous le soleil insolant de midi. Les pavés luisaient le long des rails tortueuses, semblant jouer avec les ombres des immenses insectes de métal qui frémissaient au gré des vents, chargés de délivrer les hommes importants jusque dans leur prison de verre et de diamants. La locomotive hurla, puis ralentit, s'arrêtant aux milieu d'herbes hautes aux couleurs sauvages de prédateurs oubliés, où un panneau ruisselant de lumière marquait l'arrêt définitif des wagons. Le vieil homme se leva noblement, les longs doigts de sa main gauche encerclant sa canne, il trébucha jusqu'aux escaliers dorés indiquant le centre-ville, dont la plus haute tour paraissait indiquer impérieusement les cieux, cependant cachée par la muraille protectrice aux mille portes entourant la cité d'une étreinte rassurante. Il avança, le regard vacillant sous les imposants bâtiments de pierres noires, où les zeppelins se posaient, pareils à de faibles abeilles cherchant leurs butins en une ronde infinie... La ville haute était impressionnante, intimidante, rêve utopique de luxe et d'envie. Ses pensées tourbillonnaient tachant de garder cette première impression dans sa fragile mémoire. Il avait amplement entendu parler de Nobelium, par des rumeurs fébriles, des phrases fiévreuses où se mélangeaient espoir et épouvante, ville faisant chavirer les âmes comme la prou d'un navire abîmée par les flots, ville fantôme à l'aristocratie éternelle...

L'écrivain s'avança avec la grâce des ages passés le long des épis dorés bordant la mince route pavée. Le tumulte se rapprochait, et ses iris se perdaient dans les hauteurs infinies des constructions, exaltés par tant de grandeur, gigantesques poings de métal se perdant dans les nuages, à la recherche d'un dieu dissimulé. Les ponts se dressaient fièrement aux sommets des tours, façonnés par des mains expertes, les contours aux milles tourbillons ensorcelaient les esprits naïfs qui se perdaient dans la magnificence de ces ½uvres... Hommes et femmes y couraient, pressés par le rythme indifférent de la haute-ville. Leurs visages, vides de sentiments regardaient tous dans la même direction, robots de chairs allant et venant du haut de ces ravins vertigineux.
Les doigts blancs se crispèrent autour de la canne, réprimant un frisson apeuré, et la silhouette courbé se dirigea vers la ville basse, projeté dans l'ombre des richesses, où de simple maisons grisées par le temps semblait fléchir sous les jeux assassins des vents.
Le silence régnait dans cette partie de la cité, et les enfants, aux visages brunis jouaient sans parler dans les ruelles abandonnées. Ici la fin était un défi, que l'on combattait avec toute la rage de la terreur, la vie n'offrait qu'un pouvoir éphémère, et la mort, bernée par des êtres insolents réclamait son dû, avec d'autant plus de vigueur, dans la misère oublié de la ville blessée.

Le vieil homme s'arrêta, le rêve brisé par la bien triste réalité, et, fouillant dans sa poche, sorti un papier aux éclats dorés arborant quelques mots écrits à l'encre de rose. Il lu l'adresse, ému par la douce tristesse de ces quartiers effacés et se dirigea vers une bâtisse solide, qui faisait bravement face aux joyaux ardents de la ville haute. La porte en acajou était ouverte, et la pièce plongé dans le noir. Il s'en étonna ; ainsi tout ici n'était d'apparences... Une table, deux chaises enfoncées et un fauteuil aux accoudoirs brûlés décoraient l'intérieur. Il n'y avait pas d'ouvertures, comme si l'on avait voulu condamner chaque habitant dans le noir absolu, tel un clin d'½il ironique à la mort, que les aristocrates avaient piégés depuis trop longtemps. La pauvreté de cette ville fragile était une honte, une faiblesse de ces hommes voulant jouer à Dieu. Il soupira puis s'assit, ruminant de sombres pensées...

Nobelium était la principale citée de ce monde qui semblait dangereusement osciller. Ce monde où les années se succédaient au rythme de sept long mois, ce monde qui ne brillait qu'à la force des flammes sur lesquelles il était construit. Les quelques hommes qui habitait loin de ce c½ur au pouls de métal finissait par le rejoindre, comme attiré par sa puissance et sa beauté, à la manière d'une amante désirée...
Les rumeurs murmuraient que la bourgeoisie avait réussi à tromper la vie, mais la vieillesse l'avait toujours empêcher de croire pareille merveille...

On dit dans des apartés glissés passionnément à l'oreille des voisins que la haute-ville était immortelle, leur c½ur remplacé par du métal, battant aux rythme de l'âme, mais le sacrifice était grand, car avec la mort partaient les sentiments. Aucune flamme n'animait leurs yeux, aux orbites vides et ternes, et leurs pouls mécaniques battaient aux rythmes des pas saccadés le long des routes effilées, le rouage s'enroulait autour de cette horloge parfaitement réglée, ponctué par les tic-tac infaillibles des aiguilles huilées tournant sans le temps.

On raconte également que dans les bas fonds, habités par des bêtes effrayés, tapis dans les recoins les plus repoussés, écoutant les c½urs de métal tiqueter, l'on envoyait des hommes faits d'ombres, plus noires que la nuit, qui éteignent les lumières et camouflent les cris, leurs hautes silhouettes arpentent les rues, volant au ras des chaussés, des monstres aux longs nés courbés, aux becs d'oiseaux courroucés, flairant les timides crimes de la citée prisonnière. Lorsque arrive minuit, et ses douze coups fatalistes, que la brume se lève et que les corps se figent, ces tristes masques se lèvent, dénichant les malins et alors les emmènent sur leurs perchoirs, dans les hauteurs, les attirant déployant trésors et diamants, les gens chuchotent alors, apeurés, car les pauvres hommes seront bien vite oubliés.

Le gouvernement au poitrail de fer dirige la ville aux âmes d'acier, car pour survivre, la terre a besoin de chair, pour la brûler, la consumer. Trois hommes, sans visages et sans mains, pareilles aux hommes sorti tout droit de la si froide nuit, dont les yeux, brulés par l'éternité, était maintenant aveuglés. Ces sombres ombres régissaient les offrandes, car la seule entité vénérée était celle se trouvant sous leurs pieds, le c½ur ardent qui leur avait ravit le leurs. L'ogre brûlant, ravagé, n'était jamais rassasié, et l'on élisait trois jeunes gens parmi les aristocrates les plus riches et avides pour les offrir avec une admiration sans égale à la boule de feu animale. Car la mort est plus forte que l'amour, dans la ville du nom de Nobelium, et les gras magistrats se battaient pour que leurs enfants salue ce miracle avant que leur c½ur ne grince car il manque d'huile. Ainsi, les semaines se succédaient, et, à chaque douzaine, trois enfants, débordant de gratitude se jetaient dans la gueule ouverte de la bête de lave. On prétend que ces élections seraient jouées au dés, chacun des nombreux nouveaux nés immortels porte un numéro que l'on soumettrait au jeu si plaisant, si enivrant du hasard. Les hommes aux longs nez ricanent d'orgueil et de vanité, car la félicité est entre leurs longs et fins doigts entrelacés... Et les parents, à des lieux du chagrins, pleuraient, non de dépit, mais de pitié, devant ces frêles corps enflammés.

L'écrivain frissonna, chassant des images de cadavres cramoisis, maintenant paisibles pour l'éternité, et s'efforça de reprendre le cours de ses pensées.
A Nobelium, toute vie, toute ombre à travers les fenêtres clôturées des tours dressées doit s'arrêter à minuit, car les c½urs mécaniques doivent se recharger. On raconte alors, bien que personne ne l'aie jamais vu, que le rêveur, petit homme mince, transpercé par une clef dorée, qu'il remonte à chaque coup de minuit, et à la tête lunaire vêtue d'un chapeau noir sort de la plus haute tour, lui, seul roi des rêves, le dormeur, seul gardien de la nuit, régit les flots de chimères lasses, bercent les pouls mécaniques, et garde chacune des milles portes, d'un regard d'acier. Car la citée doit être tranquille, et les pouls apaisés pour que la folle énergie à son tour soit calmée... Alors ce lutin mécanisé retourne dans la tour de pierres obscurs et s'y éteint pour la journée.


II
La cité aux deux visages


Les rides se plissèrent sur le front de cet homme âgé, tandis qu'il se relevait péniblement. La lumière étincelait au dehors, feu d'artifice aux pieds des tentacules de pierres, le vieil écrivain attrapa sa canne et sorti, marchant le long des chemins de poussières, le guidant vers la haute ville aux mille rêves, loin de la misère cachée par l'ombre serpentant le long des toits.
Il regardait les maisons se succéder, les nuages de poussières s'élever au rythme de ses pas et de ceux des gamins courant silencieusement autour des bâtisses de bois.
Il apercevait les visages abîmés d'hommes à l'entrée froide des maisons, leurs plis inquiets, devant la témérité des cette joie infectieuse qui semblait s'écouler, petit à petit, de leurs corps appauvris...

La route de terre sèche s'arrêta, éclipsée par des pavés gris, uniformes et vides, à l'image de leurs ternes créateurs. Les hommes aux chapeaux haut de forme et aux monocles reluisants arpentaient les rues, se dirigeant vers un gigantesque ascenseur de verre, étincelant de lumière, semblant parader de fierté, s'élevant avec magnificence jusque dans les cieux, vers le point levé, grand guide, axe de tous les ponts effilés de Nobelium. Les femmes aux joues rosés et aux yeux délavés souriaient s'admirant dans les grandes vitres de glace, mirage de merveilles, lac figé entrelacés de mille parures dorées. Leurs jupes virevoltant de mousses légères et tentantes, fruit de tous les délices, retenus par d'humble corsets aux couleurs de leurs chapeaux extravagants. Elles s'amusaient, où du moins le semblait, paradant telles des paons le long des rues, les visages perdus dans la vapeur des wagonnets, brûlant la douce quiétude de la citée. Tout apparaissait merveilleusement candide, ville idéal aux couleurs embaumées d'un printemps chantant...
Le vieil homme les regarda un moment, pensif, admirant leurs farandoles gracieuses, aux attraits splendides, puis il se dirigea à son tour vers l'élévateur cristallin, s'élevant aussitôt dans les hauteurs vertigineuses, son c½ur de chair battant une douce chamade, au rythme de la folie berçant ces lieux. Le vent soufflait, piquant ses yeux, tandis qu'il descendait sur un pont de givre aux cordes tendus, où l'entrée du gouvernement, bouche affamée aux crocs acérés, gardée par deux hommes aux habits de nuits, et aux long bec d'oiseau, dominait, accueillant les hommes les plus importants.
Il marcha lentement le long de cette passerelle enneigée, les yeux rivés sur le ravins de diamants se reflétant sous lui. On eût dit un palais de glace aux mille splendeurs, dont les facettes luisantes, douée d'hypnose et de charme, appelait les faibles humains à leurs accablantes beautés, comme lassées d'étinceler.
L'envie brillait dans les iris sages du vieil homme, il aurait voulu plonger le long de ces rochers de givre, et s'y enfoncer, s'y prélasser pour l'éternité. Il releva pourtant la tête avec un soupir fatigué, cela était réservé au c½ur d'acier, se dit-il, quelle injustice, et quelle cruauté !
Son attention fut attirée par un jeune homme, dont les habits contrastaient étrangement avec la luxueuse parure de la citée, ses cheveux semblaient sales, et son corps mince paraissait celui d'un loup près à sauter. Il tremblait, et une fleur de sang se fanaient sur ses lèvres blanches.
Intrigué, l'écrivain le suivit dans les recoins tortueux de la haute cité, là où les balcons des aristocrates pouvaient être espionnés par les gens avisés. Le jeune homme regardait, ébahi, hypnotisé, les yeux levés vers son étoile, rayonnant de la lumière des lunes des ères passées.
Et dans l'obscurité naissante, le vieil homme gouta à l'exquise entente du désir et de la cruauté, car l'amour inavoué jamais ne serait abîmé.
L'envie avait un visage, à la beauté envoutée, aux grands yeux azur, scintillant de mille soleils de minuit, aux boucles blondes, de bouquets de blés lors d'un soir d'été. Ses lèvres vermeilles, semblant implorer le ciel, elle avait les mains nouées, et priait des larmes glacée, sous le regard inquiet du pauvre jeune homme maudit, qui de la perfection ne connaitra que les tourments, car un c½ur d'argent ne bat pas à l'unisson, ni ne suit les battements de désir d'un c½ur encore inutilisé. Le vieil homme vit bientôt luire sur le visage prostré des rivières argentées, symbole de son salut enterré trop vite. Le garçon aux cheveux sombres baissa les yeux, maintenant rivés vers la froide pierre trop muette pour l'aider. La silhouette courbée s'avança alors, posant une main compatissante, sillonnée de mille chemins ridés sur la frêle épaule. Le jeune homme sursauta :
- Ne pleure pas petit, ça va aller.
Les iris qui croisèrent les siens était emprunt d'une folie, puissante, ravageuse, son visage, mu en une peinture effarée, semblait hurler en silence. Puis, lentement, le pâle visage changea, comme un flot gigantesque, tempête étouffante revenant dans son lit, et la tristesse refit surface, à la dérive, se noyant sans plus d'espoirs.
- Pleurer, savez vous seulement ce que c'est...
L'écrivain retint un sourire amusé, ainsi il apparaissait comme ses hommes au c½ur grinçant ?
- Je suis comme toi, mon âme est intacte, petit.
- Que faites-vous ici alors ?
- Je... Le vieillard hésita un instant, craignant la fuite épouvantée de cet amour avorté, je t'ai suivi.
La colère, encore une émotion si vite esquissée sur ce visage rougi, au corps encore affublé de sentiments, il était si facile de deviner l'émotion quand elle naissait, en perles de rosées, sur un visage innocent... L'homme à la mémoire vacillante se sentit brusquement immergé par la beauté de cet enfant dont les pupilles débordaient d'un feu brûlant, se battant pour sa vie.
- N'aie pas peur, un vieil homme comme moi n'a plus que la curiosité pour faire office de joie passée... J'ai simplement voulu savoir pourquoi tu hantais les rues des fantômes aux c½urs huilés... Puis j'ai vu, et tu m'as ému, mais petit, cette fille n'est pas comme nous, tu le sais...
- Si ! Elle m'aimera, comme je l'aime, je lui ferais ressentir la joie, et l'amour, elle m'admirera !
- Tu es encore si jeune... Viens, marchons ensemble jusqu'en bas...
Et la jeunesse suivit la vie, la vie passée, la vie fanée, ils marchèrent ensemble le long des dédales aux pavés courbés, la lumière vacillant, faiblissant tandis que l'empire de la nuit, victorieux, étendait ses voiles étouffant dans les cieux épuisés. La canne de bois piétinant à coup réguliers, comme une douce épopée, un appel à la bataille, au rythme des pas de la mort, et la vie... Dans la douce et calme éternité de la haute-ville, dans les longues rues tortueuses, prison aux murs courbés, labyrinthe de non-pensées, les hommes au c½ur de chair parlaient, entourée par ces pouls de métal battant une cadence morbide. Puis, une onde de silence, comme une vent timide, glaçant et sournois survint, s'emmêlant dans leurs cheveux, captivant les sens en une danse hypnotique, un silence de mort s'immisçait, profitant pleinement de ce territoire si nouveau, si fragile qu'on lui offrait.
Les corps résonnant de métal semblait s'endormir, petit à petit, plongés dans une torpeur attentive, vénérable, ils attendaient...
Les deux hommes arrivèrent alors sur une grande place, centre de cette douce folie, divisée par un ravin béant, d'où l'haleine du monstre ardent sortait, semblant vouloir cueillir les hommes de fer, et boire leur vie, terrifiant dragon de feu, mère de cette terre de misère... Et les hommes au tic-tac tonitruant regardait un avion aux ailes s'abattant avec la noirceur des vautours, semblant guetter la tendre odeur de chair morte, traçant son lent sillon dans les cieux avec la violence de mille corps dans les airs putrides, contaminés par la fumée, dans le silence respectueux de la plus sombre des nuits de l'an, où les c½ur de fer attendaient dans la plus froide des heures du temps, une lourde porte s'ouvrit, du haut des hublots transparents... Et l'homme aux cheveux gris perçut un murmure, depuis les profondeurs du mutisme fasciné, une voix écorchée, blessée :
- C'est la barbarie de la dévotion...
- Qu'arrive-t-il ?

Trois enfants, aux corps nus et blancs s'arquant sous la faible brise faisaient face au monstre brûlant, à la bouche dévorante de désir, attendant avec impatience son dû. Leurs mains s'agrippaient, et leurs lèvres rouges souriaient. Sur le dur sol de marbre, les parents, parés de mille bijoux d'or et d'argent hurlaient débordant d'une gratitude offensante, saluant, de toute leur cupidité, proches et ignorants. Puis leurs yeux se levèrent, tandis que les trois frêles ombres aux âmes perdus sautaient, avec un délice imprudent dans la brèche gloutonne aux flammes dévorantes...

Les yeux du vieil homme s'emplirent de larmes, ainsi c'était dans la joie que l'on dévorait des enfants, dans cette ville absurde, aux mille visages grimaçant, cette mascarade parfaite, trompant les innocents. Accablé, il s'effondra, la tête plongée dans ses bras tremblants, et ce fut l'innocente voix de la vie fragile qui le consola, d'une voix monocorde, habituée à ses exploits. Oui, toute candeur était partie de cet enfant qui pourtant n'avait même eu ne serait-ce que le temps de grandir.

Leurs pas hésitants les guidèrent avec maladresse jusqu'à l'ascenseur blanc. Ils chutèrent dans les profondeurs serviles de la ville-basse, le décor jouant, se camouflant au fur et à mesure des échos de leur chute infinie. Les pieds faibles et fatigués du vieil homme tremblèrent tandis qu'ils épousaient le sol de terre froide de la triste misère de cette cité aux deux visages, cette maudite Nobelium, aux diamants si séduisants. Cette cité aux mille facettes subjuguantes, aux pantins de chair habités par des âmes de pierre. Cette absurdité agonisante, hurlant des mots las dans les pensées embrumés du vieil écrivain. Une voix surgit de l'obscurité, scintillante de la lumière de la naïveté.
- Je vais vous aider, vous êtes si fatigué... Je ne vous ai jamais vu à Nobelium auparavant, pourquoi avoir laisser vos envies vous guider vers tous ces dangers ?
- La curiosité, je crois, comme je te l'ai déjà dit. C'est la dernière chose qu'il me reste dans cette terre éphémère... Je voulais écrire mes mémoires, compter la vie de ces habitants maudits, m'en inspirer, peut-être même en être horrifié... La vie est un jeu bien cruel, c'est elle qui se joue de nous, petit, pas l'inverse, ces hommes devront bientôt porter le poids de cette cupidité... Bien que cette... cérémonie à laquelle nous avons malgré nous insisté... Quelle était elle d'ailleurs ?
- C'est un sacre, monsieur, un honneur pour tous ces hommes à l'âme huilée, les semaines se succèdent, bercés par le démon, comme nous l'appelons, mais son appétit est sans fin, et quand arrive la douzième, la bête de feu réclame son dû, alors retentissent cors et trompettes dans les rues dorées de là-haut, car trois enfants seront publiquement sacrifiés. C'est une torture pour nous, de voir leur visages ravis sourirent sous des néons majestueux, spectacle de bonheur feint, d'exaltation vide, leurs lèvres s'agitent formulant mille et une prières, et leurs corps nus s'élancent dans le vide sous les acclamations d'une foule de riches hommes admirant, suintant de vanité, leurs pauvres corps se faire dévorer...
- Mourir pour leur peuple...
- Non, ils ne meurent pas, monsieur ! La voix se couvrait de haine et de tristesse, criant presque, déchirant la sphère de quiétude se formant autour d'eux. Ils ne vivent même pas ! Ils ne sont qu'objets, sans sentiments, sans peur, sans volonté ! C'est l'accablant désir de cette imitation d'humanité, ils sont dévoués à cette boule incandescente, ils la servent, la comble ! C'est pour nous le pire des pêchés !
- Si tu les hais autant, pourquoi espionnes-tu cette jeune fille aux yeux de nuit, petit ?
- Elle... Elle n'est pas comme les autres ! Je la ressusciterai, je lui ferai découvrir les sentiments humains, je lui enseignerai la vie ! Je sais que c'est possible !
Ces cils papillonnaient, baignant dans des larmes aux saveurs d'espoirs, il l'aimait, oh douloureuse ironie, araignée vertueuse tissant sa toile de mensonges de soie, oh triste amertume, qu'as-tu fait ? Le vieil homme souriait, compatissant devant l'émouvante allégorie de l'amour unique, quelle cruelle injustice, pour l'âme fragile de l'innocence. Et l'innocence versait ses larmes de perles rosées, regardant la mère justice dans les yeux, mentant de toute son obstination, et de toute la force de la tendre volupté.
Mais minuit approchait, tandis que son pâle soleil s'élevait dans les cieux, et les mains avides des gardiens de la nuit bientôt chercheraient à contenter leurs estomac vides. Le jeune homme rentra précipitamment chez lui, offrant à l'écrivain la promesse de revenir, avec de nouvelles attentes, et de l'inspirer pour écrire son histoire ultime, de lui compter avec délice la suite de son espoir déjà presque effacé.


III
La barbarie de la Dévotion

Et les jours allaient, venaient, valsaient aux longs sons feutrés de la douce sensation de dérive. La complaisance berçait les vieux jours de l'homme, dont les mains creusées rudement par la vie se déliaient sur des feuilles de papier givré, jouant sur d'incroyables mots aux folles évocations de pouvoir, à la croyance crédule d'un miracle, créer et porté par la voix enfantine de l'innocence, tandis que les sons résonnaient, débordant d'une lumière rassurante, le long des membres raidis de l'écrivain, écoutant avidement les espoirs fugaces des amours naissants.

Il écoutait inlassablement le jeune garçon à la peau glacée par les froides journées d'un solstice enneigé, grinçant sous la sombre menace d'une nouvelle offrande aveugle au feu millénaire. Il l'écoutait, les joues rougies, le souffle courroucé par sa folle course entre les flocons portant les méandres de tristes souvenirs, l'exaltation carillonnant de clarté, d'un bonheur volé, oui, il l'écoutait évoquer son amitié avec sa parfaite apparition de la cruelle divinité, ses envies, ses peurs, il écrivait son irrésistible désir de la protéger, elle, poupée de verre au visage de fragile porcelaine, jouet docile de l'état se balançant entre leurs mains expertes. Oui, elle l'aimait, elle le lui avait confessé, et ensemble ils partiraient, voguant sur un navire volant, bercé par la poussière d'étoile rieuse, faisant scintiller la fière proue du bateau, ils fuiraient loin de l'abomination de l'éphémère, loin de la dure satisfaction de la bête rassasiée, ils mourraient, sous les feux pourpres et sanglants d'une chaude soirée, perdus dans des champs de blé, où le regard, séduit, se perdrait dans les tiges dorées, s'étendant vers l'infini.
Et le silence s'en amusait, sous les yeux inquiets de l'homme à la crinière argentée, l'air semblait se moquer, huer les espoirs de la fougue, bâtissant d'immense forge de diamants sous les regards sévères des anges déchus, tombés sous les assauts, aux côtés des âmes échappées, et implorant la naïveté de la laisser être torturée. Le vieil homme ne savait que dire, troublé par les batailles que l'orgueil des sentiments donnait au petit la force de mener. D'ailleurs il ne pouvait rien dire, de peur d'être, en proie aux mégères de la culpabilité, tristement rejeté. Alors il l'écoutait, au prix d'ultimes efforts, entendait les désirs destructeurs prendre le pas sur la raison, tandis que l'enfant riait, hurlait, semblait reprendre vie, les bras levés vers les cieux haineux, se confessant aux anciens dieux, bien trop ennuyés de l'écouter.
Des millions d'années se plaisaient à se succéder dans les rêves fantastiques de sa douce destinée, ils vivraient pour toujours, dans un conte aux ébats utopiques, l'innocence de ses attentes blessaient, mettaient le vieil homme à mal, l'affaiblissant, le réduisant à la frêle portion de vie qu'il cherchait à esquiver depuis toujours. La peur le rongeait, prenant possession de son corps en miette, tandis que son existence le fuyait, nourrissant l'âme en peine du garçon aux mille rêves.

Et les jours trainaient, s'égouttaient, glissaient avec la furieuse lenteur des éternels malheurs. Une plaie suintant qui s'ouvraient, vidant la vie d'un homme au bord de son gouffre, et continuait à pleurer des larmes de sang le long des bras tremblants de la destinée. L'angoisse grandissait, pâle, imposante, tandis que les tambours de l'exécution résonnaient... Enfin les fabuleuses trompettes du jugement dernier vinrent déclencher un apocalyptique regret.
Les craintes ingrates affaiblissant l'âme de cet homme au crépuscule de sa vie apportèrent la candeur brisée d'un c½ur en peine, car les yeux si brûlant du garçon ne brillait plus d'aucune étincelle maintenant, ils luttaient, s'acharnaient, à bout de souffle, pour expirer, d'un soupir morne, toute la tristesse d'un univers si délicieusement confiné...



Et c'est à la naissance de la sombre nuit que les tristes ombres porteuses de maintes plaies traversèrent en silence le gigantesque pont de cristal, leurs orbites vides croisant le fer avec les ténèbres tentatrices qui couraient sous eux. Leurs longs manteaux de néant glissaient sur la roche de diamant, tandis qu'ils volaient, pillant de toute leur cupidité la douce innocence de cette soirée.
La bouche béante du parlement se vêtait d'un aspect menaçant, nullement éclairé par les réverbères à la lumière blanchâtre allumant, tels des spectres, les rues désertes de la ville haute. Nobelium était paisible, fermant les yeux, s'éclipsant le temps d'une seconde de l'immensité universelle...
Les gardes au nez de faux s'inclinèrent, laissant humblement passer les trois silhouettes s'avançant vers les boyaux de l'institution dans la plus obscur des noirceurs.
Seuls les bruits réguliers de leurs pas se répercutaient en un sinistre écho le long des voûtes inclinées, vautrées sous le poids impérieux des mille parures dont elles étaient affublés. Le cliquetis de ces perles d'or semblait éveiller de tristes souvenirs, emprisonnés dans les bras avides de ses branches argentées. Mais ces fabulations ne semblaient pas effrayés les visages impassibles des dirigeants, dont le visage, camouflé sous une capuche noire, était éteint, fermé en un mutisme respectueux. Car ces funestes apparitions se réunissaient dans la plus belle des salles, aux murs débordant d'une lumière invoquant les saints, où la lumière d'un jour inexistant semblait filtrer par chacun des lustres aux couleurs vives, évoquant d'ancestrales tribus, aux c½urs débordant de bonté. La pièce formait une sphère, véritable halo de bienfaisance, lévitant au milieu de bibliothèques infinies, débordant de livres anciens, aux couverture de cuir et aux allures vénérables. Elle semblait avoir été imaginées par quelques visionnaires fous à lier qui aurait voulu concilier, en une utopie désirée, le mal et le bien, chevauchant côte à côte dans un havre de paix.

Les trois prirent place autour d'une table de nacre et abaissèrent leurs capes, s'échangeant des regards morts, depuis leurs yeux évidés, puis se penchèrent, attrapant de leurs longs doigts maigres les quelques dés se trouvant dans le creux du plateau. Leurs longs nez flairant la douce odeur du pouvoir, se passant les objets sacrés de mains en mains. L'homme du milieu prit la parole :
Goûtez, amis, le doux vin qu'est la bonté. Encore une fois nous allons élire l'irrémédiable vérité ! Demain, notre seigneur quémandera sa nourriture divine, nous nous devons de lui offrir les élus qui contenteront sa fine gourmandise, il en va de notre rôle ! Qu'il en soit ainsi !
Qu'il en soit ainsi ! Répondit le c½ur de métal de ses compagnons, en un bourdonnement enthousiaste, leurs envies excitées par l'approche de l'éc½urant verdict.
Et les dés furent jetés, animés par la haine de servilité, et leur course s'arrêta, condamnant depuis leurs chiffres noirs un, deux enfants. Oh cruelle naïveté ! Ils imaginaient, trépignant de désir, leurs rires carillonnant de bonheur, leur énigmatique fierté, tous deux étaient de riches descendants des grandes familles de la cité.
Leurs yeux azur raviront notre seigneur ! La beauté de leur teint clair le fera trépigner d'exaltation ! Comme le doux relent de l'autorité sied à notre désir !
Lance les dés du destin une fois ultime, ami, qu'ils parlent et élisent le dernier sacrifié !
Les petites pièces d'os blancs tintèrent une dernière fois, dévoilant le lourd mystère planant sur les trois, à la manière d'un secret violé. Et les murmures de délices s'élevèrent en découvrant la douce providence, c'était un ange qui avait été choisi, un miracle de beauté et de candeur, une charmante fillette aux doux yeux bleus nuits, et aux cheveux de blés.
Elle ravira notre maître ! S'écrièrent-t-ils, dans ses boucles se reflètent la chaleur du feu, et l'image si justement chérie de la richesse infinie ! Elle est l'ultime sacrifiée !
Puis les visages de néant se recouvrirent, fuyant la quiétude de cette sphère sacrée. Rebroussant chemin en silence, ils sillonnèrent les dédales du parlement, ombres silencieuses aux âmes volées. Leurs corps minces se dispersèrent dans la brume voguant sur la ville, cherchant un refuge jusqu'au petit matin.


L'aube de ses doigts abîmés peignait mille et une couleur dans le ciel, dressant de sa tendre force les âmes inhabitées de la riche Nobelium. Et le vent glacial caressait, avec la passion d'un amant sa ville tant aimée, s'immisçant dans chaque recoins, jouant avec la vertigineuse vitesse de l'ascenseur s'enfonçant dans les profondeurs. Il s'envolait, s'évanouissant, hurlait son impatience dans le creux des oreilles apeurées des hommes à la pulsation battante, réfugiés loin de la fraîcheur vicieuse de cette triste matinée. Pourtant une silhouette se battait, de toute la fureur de sa jeune force, contre les tempêtes obscures le blessant. Il avançait toujours plus vite dans le blizzard hautain, les yeux baignés de gouttes salées, semblait s'écouler en pleurant dans le silence infini.
Le jeune garçon s'arrêta brusquement, et ses doigts tremblant frappèrent à la porte du vieil homme. Des pas fatigués se firent bientôt entendre, et la chaleur de l'entrée fit frissonner le garçon. L'écrivain avait considérablement vieilli, les sillons de sa peau pâle s'étaient creusés en véritable fossés, telle l'écorce d'un arbre vénérable, usée par le temps, et ses yeux recouverts d'un voile impétueux fuyaient peureusement le regard sombre de l'enfant. Ses doigts maigres se courbèrent, l'invitant à entrer, et la voix chevrotante, attendant la dame Mort, l'invita à parler :
- Je l'ai vu, ce matin à nouveau je l'ai vu, elle rayonnait d'un bonheur coupable, pareille à un astre éclatant, admirable de lumière et de beauté, elle chantait, et me prit dans ses bras, à la peau si douce... Oh comme je l'aime...
L'homme à la vie passée comprit soudain, avec la sagesse de la longévité, que c'était la fin. Ses pensées se libérèrent alors, vagabondant, fuyant le terrible geaulier qu'était son c½ur, elles défilaient devant ses yeux, en milliers de lucioles dorées, dévorant sa joie passée, et ses souvenirs persécutés. Mais bientôt la triste peinture de la réalité refit surface, imposante, infaillible. Et la longue litanie du désespoir retentit à nouveau, dans toute sa cruelle splendeur.
- ... Je la priais de m'avouer cette délicieuse nouvelle, c'est alors que mon faible c½ur faillit, à l'entente de cette démesurée punition, que suis-je donc, pour vivre cela ? Et de la douce mélodie de sa voix, elle susurra qu'elle allait mourir dans l'exaltation la plus humble, à la tombée de la si froide nuit.
Ses paroles se répercutaient, assaillant les sens engourdis du vieil homme, le pénétrant lentement, d'un doucereux feu aux étincelles de glace. Il entendait la mélopée enfler, s'étendre à la manière d'une ombre sur ses espérances, tandis que la folie du désespoir prenait la faible conscience de la jeunesse. Il allait la dérober aux mille regards affamés, oui, il allait la sauver des flammes dévorantes de l'enfer désiré. Ou mieux encore, il lancerait un assaut qui ne pourra être ignoré, une guerre sanglante, où les faibles âmes humaines domineraient les froids c½ur de pierre, dans un corps à corps tumultueux, telle une passion inavouée, comme le feu et l'eau, il la dévorera doucement, la consumant avec une exaltation trop longtemps espérée. Oh, il serait le messie de cette terre morte aux guerriers enhardis, et des centaines de bras levés l'acclameraient, tandis qu'il sauverait ce monde, et que la douce peau de son amour volé caresserait la sienne, pleine d'admiration.
Et l'écrivain, si vieux maintenant, pleurait en silence les dernière larmes de son corps. Il lui semblait avoir mis un pied dans le précipice hideux de la fin trop vite arrivée, mais il ne pouvait réfréné l'apocalypse dévastatrice qui se préparait, germant dans l'esprit fou du pauvre enfant.
Le temps avait filé, n'attendant pas les douces lubies de l'homme usé, et le garçon, emplit d'une fierté brûlant sa frayeur, sorti, criant dans les rues ce que lui murmurait sournoisement le serpent de la démence :
- Oh peuple déraisonné, oublié, délaissé dans la noire poussière de la cité, écoutez moi ! Ce soir une fois de plus, la barbarie sans nom va s'accomplir ! De vos yeux vides et tristes, allez-vous contemplez une fois de plus la chute de ces corps frêles et blancs ? Allez-vous admirez la folie de cette absurde dévotion ? Je ne peux le supporter ! Nos c½urs, jalousement gardés, nous supplient de les aider !
La voix de la déraison plaisait, amassant la masse noire de la population vers elle, tel un funèbre cortège d'hommes ternes. Cependant leurs yeux s'éclairaient, brillant d'une chaude lumière, trop vite oubliée. Et le vieil homme, abasourdi, contemplait cet étonnant spectacle, étranger à cette éc½urante extase possédant les âmes de ces hommes effacés.
- Ce soir alors, battons-nous pour l'humanité ! Que notre force demeure, car nous possédons encore un c½ur ! Et que leur sang brille pour ces crimes immérités ! Allons nous vaincre la folie de cette infâme adoration ? Nous devons nous unir, et combattre cette haine sans nom qui s'est abattue sur nous, au rythme du pouls démoniaque de ces organes de métal ! Détruisons les ce soir ! Dans la plus noire des nuits de l'an ! A la plus froide des heures, surprenons les et dévorons leurs injustice ! Nous serons enfin libres !

Des cris, des acclamations, de rage et de désir lui répondirent, tandis qu'il animait les durs regards de cet êtres. Et le tumulte avait des échos de délice, d'une entêtante litanie, tandis que les pieds frappaient la froide terre, et des os semblaient cliqueter, tandis que les mains se joignaient, battant en rythme une musique aux élans de fureur. Les visages se refermaient, et les voix chantaient, s'unissant en un chant terrifiant, semblant monter des profondeurs du sol, et s'écouler, pareille à une lave ardente le long des maisons de pierre grise, noyant leur peur dans des fantasme brûlant, hurlés tels des loups à une lune inexistante. Oui, ces hommes avaient fait place à des guerriers, aux lèvres béantes, crachant leur hâte de vaincre, le désir irrépressible de victoire. Ils psalmodiaient différents rites, implorant les dieux, imaginant des pétales d'un rouge sang fleurir entre les faciès évidés des hommes au c½ur grinçant. Oui, la folie se propageait à une vitesse monstrueuse sous les yeux épouvantés de l'écrivain, seul rescapé de la tempête sans nom affluant, imposante, le long des mille portes de Nobelium.


IV
La mort domine l'amour

Le jeune homme s'enfuit alors, se dirigeant vers le huit clos de verre. Montant vers les riches et naïves sommets de la ville haute. Il suivit les longs dédales des rues, ses pensées dérivant vers la cruelle surprise qu'ils allaient offrir à ces hommes de métal. Ses pas le guidaient chez son amour tant contemplé, il n'avaient nulle besoin de s'orienter, ayant arpenté tant de fois le chemin, et ses lèvres entrouvertes poursuivaient son discours chimérique, où régnaient chaos et envies.
Il arriva enfin sous le balcon de la fille aux cheveux de fils d'or, et attendit, tandis que le jour déclinait irrémédiablement, qu'elle sorte contempler la discrète apparition des astres dans l'empire si mystérieux des cieux se couvrant peu à peu.
Son visage radieux lui apparut, dans la pénombre naissante, rêve éphémère d'un bonheur in consumé, juge partial de la fièvre brûlante qui naissait en lui. Elle ne l'avait pas vue, encore, et ses soupirs d'impatience résonnait en un échos irréel sous cette voute étoilée.
Il l'appela, en un murmure passionné, et contempla son beau visage descendre lentement vers lui, semblant irradier, cette fois, d'une lumière aveuglante. Elle accouru, jusqu'à lui dans un froissement de satin blanc, majestueuse, telle une reine au c½ur de glace.
- Oh c'est magnifique, cette vue splendide, s'offrant à moi lors de mon dernier répit ! Comme le ciel est beau, sa clarté parsème ton visage de mille tourbillons blêmes... Oh, mais quelle tristesse dans tes yeux ? Qui y a-t-il ?
Son port gracieux était à présent emprunt d'une douce mélancolie, tandis qu'elle le dévisageait avec intérêt, à la manière d'une petite fille contemplant les tristes débris d'un jouet brisé.
- Ce n'est rien, rien qui puisse assombrir cet ultime soirée. Partons, avant cette si belle nuit, je voudrais te présenter un très cher ami.
Sa moue surprise traça un brève sourire, éclairant, d'un fragment de temps, l'esprit souffrant du jeune homme. Il la prit par la main, courant dans les rues sombres d'un pas léger, volant presque, à travers le vent glacial, esclave du temps, sans s'arrêter, virevoltant à une vitesse enivrante pour oublier, pour la sauver.
Ils descendirent dans les bas fonds, où les cristaux de poussières, seuls cadavres d'humanité, bougeait encore, flottant dans les airs. Les ruelles escarpées étaient vides à présent, oppressante, emprunte d'un calme sournois. Une tempête impérieuse se préparait. Mais les deux corps se mouvaient encore, ombres d'une nuit maudite, se frayant un chemin parmi la douleur et la peur hantant les murmures de la nuit.
Une lumière chaude, ilot rassurant surplombait encore les froids ténèbres, et la porte s'ouvrit, découvrant un vieil homme considérablement affaibli, les invitant d'une main tremblante à entrer dans l'antre de la cabane de pierres. La voix fébrile du jeune homme fit les présentations, tandis que la jeune fille, d'un air étonné examinait les nombreuses fioles trônant sur l'unique bibliothèque de bois de la salle. Ses grands yeux semblait vouloir dévorer ces livres, victimes d'une curiosité tentatrice, et ses lèvres, ouvertes, frémirent lorsque son regard se posa sur le vieil homme, ancré dans cette solitude.
- Bonsoir, monsieur, articula-t-elle poliment, se courbant d'un geste gracieux, et inclinant son visage, pleine d'une humilité feinte.
- Que fais-tu ici, riche demoiselle ? N'est-ce pas le jour de ton salut ?
- Mon ami voulait que je vous connaisse avant que mon corps ne nourrisse le majestueux appétit de notre terre. Dit-elle, son visage, radieux à nouveau, se fendant d'un sourire rayonnant, liant, et tissant les fibres de courage du jeune homme, qui, la dévorant des yeux, ne prêtait pas attention à ces déclarations.
L'écrivain se leva, la fatigue jouant avec lui, tel un pantin désarticulé, et chuchota, bouleversé, quelques mots au garçon, l'invitant à quitter ce taudis.
- Laissez moi partir dans la sombre éternité, mes souffles se raréfient, et je ne peux accéder à ta folie. Partez, petit, cette infâme bataille que tu veux mener m'horrifie. Elle aura, à elle seule, raison de moi, adieu mon garçon, les derniers jours de ma vie te seront dédiés dans mes lubies affligées.
Le jeune homme baissa la tête, retenant des larmes ravagées, et parti, avec la fille aux yeux azurés dans la bouche béante de la plus sombres des nuits de l'an.
Les tissus blancs de la neige tombaient, à présent, s'effilochant dans leur chute lente. Le vent hurlait tandis que les cieux ployaient, écoutant les fabuleux tambours de la triste fête. La jeune fille riait, les yeux brillant d'impatience et d'envie. Jamais son sourire n'avait tant joué avec le fragile c½ur du garçon, mais il ne savait quoi faire, piégé par l'impassible emprise du temps. Il lui murmura finalement avec l'espoir de la naïveté :
- Reste avec moi...
La joie disparu, chassée par un trouble nouveau, puissant, menaçant...
- Mais je ne peux pas ! Les trompettes commencent à résonner, le public s'impatiente, là-haut, et la lave quémande les corps de trois jeunes héros ! On m'attend, enfin !
- La faux de la noire mort ne veut pas encore ravir ton corps ! Ce sacrifice est une doucereuse barbarie, que les riches visages aiment contempler ! Mais ne sais-tu pas que tu vas brûler dans cette chaleur suffocante ? Mourir dans mille souffrances ?
- Non ! Je me donne de toute mon âme au divin ! J'offre, de toute ma générosité, un repas somptueux à notre terre ! Je serai reconnue, adulée !
- Il n'y a pas de récompenses pour les oubliés, à Nobelium.
- Tu sais que c'est faux ! J'ai mainte fois espérer cette chance, cette tendre lubie ! On me l'offre enfin ! Qui serais-je pour refuser ce présent ? Qui serais-je pour trahir mon peuple ?
- Ce peuple a déjà été trop trahi ! Ce sont des meurtres, d'infâmes crimes ! Comment peux-tu désirer cette souffrance ?
- Comment oses-tu croire que ces gracieuses offrandes sont causées par des assassins ? Suis-je folle à tes yeux ?
- Non ! Je peux te faire oublier ! Je peux te donner une vie plus exquise, plus enviée que ce déluge d'abominations ! Tu disais m'aimer, fuyons ensemble et vivons !
Elle se ferma, muée en un étonnement statufié. Lorsqu'elle ouvrit ses lèvres de roses, sa voix semblait glacée, perdue dans des ténèbres enfouis.
- Mais... Oui je t'aime ! Tu es mon plus grand ami, j'aime ces instants avec toi ! Mais un véritable ami m'accompagnerait vers ce trône éphémère, vers cet autel brillant de mille feux ! Je le voudrais tant...
Le garçon s'avança alors, s'alliant à elle, brisant l'espace infini prospérant entre leurs deux corps, il sentait dans tous ses membres des sillons électriques, le frappant, en une foudre cruelle, à mille endroits. Ces sens semblaient affaiblis, vaincus, persécutés par une bataille menée avec une rage maudite. Son corps entier était engourdi, voulant crier d'un bonheur et d'un désespoir immense, qui étendait son empire à la manière d'un serpent, rampant parmi les débris cassant de son âme brisée de mille morceaux. Oh quelle amertume dans cet amour chaotique, se noyant dans la mer de mercure aux larmes sombres rongeant les c½urs. Le temps n'importait plus, la force s'enfuyait sous le regard inquiet des étoiles déversant leur lumière esseulée sur leur visages torturés. Puis, soudain, la jeune fille se recula, quittant cette ombre étouffante, cette sphère hypnotisante, éclatant en débris brisés sous les yeux horrifiés du garçon.
Elle chercha à s'enfuir, mais n'en eu pas le temps. Une main forte la retint, impassible. Et le visage maintenant fermé du jeune homme la regarda, avec mépris, puis la traîna de nouveau vers la maison de pierre. Il ouvrit brusquement la frêle porte, et se dirigea vers la chambre. Ses iris rougeoyaient d'une étincelle maléfique, et le vieil homme tremblait, n'osant dire un mot. Jamais encore la folie n'avait tant détruit la face écorché de ce pauvre garçon, devenu homme avorté, vomi, refoulé par cette froide nuit dévouée.
Il enferma la fille, faisant grincer la serrure et se tourna vers l'écrivain, semblant vouloir échapper au regard monstrueux.
Ne la laissez pas partir. La foule va se soulever ce soir, ça va être grandiose, je regrette que vous ayez si peur...
Puis, d'un geste vif, il se détourna, ses pas rapides et surs franchirent la porte avachie, qu'il referma en un claquement sec.
La neige avait tissé un tapis blanc et pur sur le sol, et l'on entendait la douce mélopée de cette messe sordide tant désirée, dans les hauteurs de la cité. Il avança, prit au piège par les démons de l'ardente jalousie, appelant à lui mille folies, et les traces muettes que laissaient ses pas vinrent bientôt rejoindre d'autres empreintes, tandis que des silhouettes quittaient les ruelles entravées, pour aller livrer bataille. Bientôt une foule d'épaves d'âmes rongées marchèrent ensemble, leurs pas dans la neige se muant en un véritable chant de guerre, tandis que les échos haineux se perpétuaient dans les sommets, grimpant les falaises avec hardiesse, combattant les cors et tambours craintif de la haute-ville.
Mais les cimes impassibles n'entendaient pas cette menace se perpétuant sous eux en une peste maléfique, perdues dans leur adoration. Deux des corps blancs s'étaient déjà précipités dans le fleuve aux couleurs fauves coulant à leur pieds. C'était l'apogée du spectacle, le magnifique coup de théâtre. Les secondes s'égrenaient, semblant ruer de coups les visages des hommes aux c½urs huilés, les roulements s'intensifiaient, berçant, charmant les esprits, que l'attente prolongée commençait à affoler. Mais rien n'arrivait...
Un silence suffoquant s'installa, tandis que le gigantesque sablier se brisa sous l'emprise du temps. Le sable de nacre se répandit, perdant, sacrifiant sa poussière d'étoile dans les airs. Les regards suivaient ces étincelles volages, inquiets. Figés par la peur, et la froide déception. Les trompettes avaient maintenant cessées, de peur d'invoquer le jugement dernier, et la place maudite résonna tout à coup, de plus en plus fort, de mugissements d'une tempête difforme. Ensembles, hommes et terre attaquèrent. Des centaines d'ombres noires surgirent, hurlant, leurs bouches repliés, laissant entrevoir des crocs, tandis qu'il crachait leurs ranc½urs, les babines dégoulinantes. Ils se ruaient sur les hommes au pouls de métal, aveuglés par leurs haines. Tandis que les riches visages restaient immobiles, statues de chairs, leurs pupilles dilatées fixées avec horreur sur la lave rampante. Car elle s'étaient renforcée, transformée en une puissante cascade de feu, comme animée par une force impérieuse. Elle semblait former un poing gigantesque déversant sa cruauté, sa frustration sur les frêles habitants de la ville. Elle s'abattit avec rage sur le froid damier de la place. Les prédateurs furieux dirigèrent alors leur froid regard sur cette apocalypse monstrueuse, et, comme si la folie qu'abimait leurs membres avait déserté, ils prirent la fuite, oubliant çà et là des miettes de corps, derniers vestiges de leur repas, vengeance frugale. Le feu ardent changeait de formes, crachant ses enfants : Des géants de lave arpentaient maintenant la ville haute, leurs lourds pieds écrasant d'une cendre étincelantes les bâtiments titanesques. Et mille gémissements, mille hurlements résonnaient, en une sordide cacophonie, sous leurs poids insurmontable. La bête n'avait pas eu son dû, et sa faim sera cette fois sans fin. Les cors lourds et sinistres triomphaient dans cette tempête inhumaine, plus rien ne semblait réel. Des typhons de fumées, obscures et envieuses obstruaient le ciel, désormais unique accueil d'un champ de bataille sordide où même les anges livraient bataille. Les colosses de feu lançaient des haches ardentes à travers les rues, déguisant ces vestiges de l'humanité perdue en tapis de poussières, qui s'envolent dans l'air obstrué par le lancinant parfum du néant. La terre appelait les éclairs, frappant avec fracas les corps immobiles des homme qui hurlaient à travers la morsure perçante, inébranlable de cet enfer. Ils la sentaient à travers les cieux noirs et olympiens. Et leurs corps imploraient, leurs âmes hurlaient contre cette atroce vérité. Le temps n'existait plus, s'étirant dans l'horizon blafard de la mort. Et les monstres de flammes ricanaient dans la plus froide des nuits, leurs cris écorchant la beauté des astres penchés sur ce chaos si détestable. Tout n'était que désolation, sur ce monde absurde. Et les titans brûlants fondirent, épuisés, redevenant lave innocente, coulant en cascade, repus, dans la ville. Les maisons n'étaient plus que des amas de poussières, abritant des corps à jamais figés, leurs visages crispés dans la plus atroce des douleurs. La ville n'était à présent qu'un navire échoué que la mer aurait torturé à son gré. Le paysage formaient un gigantesque bûcher, aux tristes tours effondrées, aux âmes souillées, hurlant dans le purgatoire des pêchés, clamant leur feinte innocence. Cette terre stérile, dont la brise expirait avec peine son dernier soupir. La roche se craquelait, s'effritant dans l'immensité muette de l'univers.
Nobelium n'était maintenant plus que l'ombre triste du passé.


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# Posté le samedi 12 septembre 2009 13:37

Modifié le dimanche 18 octobre 2009 12:52