C'était une belle journée, en ces lieux cachés, et le c½ur de la petite ville semblait boursouflé de joie, Siam, le jeune homme vif, à la cithare si mélodieuse chavirait les âmes des cadavres ébahis. C'était le fils de l'océan, comme les rumeurs époustouflées le murmurait, et il ferait naufrager les c½urs des naïfs errants, arpentant les eaux vengeresses à la recherche d'une immaculée vanité. Siam était né sur les falaises, et sa fougue, son désir, planait comme un aigle, déployant son immensité. Il partirait, fuirait les visages horrifiés sculpté par la mer dans ces rochers, il volerait par delà le monde et trouverait le secret de sa tendre ivresse, l'amour. La volupté de ce mot, chuchoté avec tant de plaisir bravait les tempêtes de remords, le froid glacial de la solitude, lui, si aimé dans ce lieux sordide...
Il parti donc. Les gouttes salées glissant le long de ses joues appartenait à l'eau vive, plus qu'à son regret, et les tendres visages, éblouis par sa joie souriait d'un air perdu, les yeux levés vers le ciel comme s'ils y espéraient un paradis à la langueur douceâtre et chaleureuse
Son esprit plein de désir, où la luxure se disputait l'horizon aux perle de rose, virevoltait par delà l'écume crémeuse de ses folles nuits, où bravant les terreurs des jours passés, il errait de lieux en lieux, brillant de son innocence, de ses enivrantes mélodies qui guettaient l'ombre d'une âme, l'ombre d'un charme. Et de lieux en lieux ses yeux s'éteignaient, avec la tristesse d'un espoir magique, quand ils n'apercevaient que de frêles étreintes, aux passions dérisoires, et déjà trop reconnues.
Il navigua, sur la mer capricieuse, cruelle et joueuse, qu'il chérissait. Il voyageait pour de nouveaux horizons, de nouvelles tempêtes, de nouvelles aubes mêlées à une suave félicité. Il aimait imaginer des nuits doucereuses aux parfums exquis, contre le velouté d'une peau et les délicieux échos d'une voix langoureuse au creux de son oreille.
Ses rêves le perdaient dans d'éternelles contemplations, le regard levés vers la voute étoilée, si mystérieuse se disait-il, comme cette quête insaisissable, filant entre mes doigts telle une étincelle éphémère...
Des côtes, finalement il partit, pour aller trouver la chaleur ardente des sables, son visage toujours éclairé par l'envie, abîmé trop tôt par l'amertume du sel. Il voguait avec ardeur, espérant gagner le désert avant la joueuse nuit aux mille bouquets de roses embaumées d'espoir...
Il mit pied à terre sous les étoiles, s'enfonçant dans le sable, happé par sa course. Il lui semblait entendre une douce musique par delà les dunes sèches et tristes de cette lande torride. Il erra en silence, sillonnant la vaste étendue qui semblait s'amuser de ses chutes ahuries. Puis, comme un fulgurant mirage, la mélopée s'intensifia, et sa bouche desséchée se tordit en un pâle sourire.
Devant lui s'étendait des dizaines de tentes aux parures magnifiques, formant de vifs dégradés, sous la lumière lunaire, on eût dit l'aube qui se dessinait sur ces draps, aux centaine de couleurs lui évoquant les plus infimes plaisirs... Des visages le regardait, riant, claquant leur mains aux rythmes des chants, tandis qu'un feu aux immenses flammes vacillait avec les tams-tams. Les gitans festoyaient, valsaient devant la clarté brûlante. Des femmes dansaient, vêtues de longues robes aux fins tissus brodés de milliers de fils d'or, elles semblaient brillait dans le plus noir de la nuit, saluant le soleil à travers cette chaleur suffocante, leurs chants, semblable aux sirènes, envoutaient les oreilles des hommes... Mais Siam devinait seulement cette extase. Il ne voyait qu'elle, dont les boucles sombres roulaient sur sa taille découverte, elle, dont les grands yeux verts hurlaient la grace et la beauté, elle qui le regardait, dessinant des vagues de ses bras fins, ornés de bijoux dorés. Il ne pouvait voir qu'elle.
Quand la musique se tut, il s'approcha, amoureux de l'amour, sans quitter ses iris flamboyants. Dans un suave silence il l'embrassa. Il s'embrasa, laissant place à la tentation grandissante, et ses mains avides parcoururent son corps, en souillant chaque détour, chaque chemin. Elle le guida dans la pénombre d'une tente, sans cesser de sourire, et joignit ses doigts aux siens. Leurs corps brûlant s'explorèrent dans la chaleur moite du désert, sous la lumière tamisée des lanternes, leurs souffles criaient, leurs chairs dansaient, leurs âmes jouissaient, dans ce désir suintant, envahissant, libéré, hurlant dans l'heure la plus sombre des temps.
Il s'apaisèrent, épuisés, et leurs corps s'affaissèrent tandis que le sommeil les assouvissaient.
Les rêves de Siam furent torturés, guidés par les pêchés, il gémissait, implorant jusqu'au fin fond des son inconscience...
Il s'éveille sous la dur lumière d'un soleil tyran, il était seul dans la plaine millénaire, les gitans semblaient effacés, tout comme le souvenir de cet amour volé. Le jeune homme hurla des jours durant, et rendu fou de douleur, il partit dans la torpeur des sables, et l'ardente chaleur du désert, avec l'espoir insensé de retrouver sa passion disparu...
Les tissus bariolés apparurent à nouveau à la nuit tombée, les danseuses à la peau froide vinrent virevolter sous les sourires désabusés et les flammes du feu éthéré léchèrent le cadavre juteux de la volupté.